Retour de la Flotte russe au Vietnam : Pékin aux aguets
2.01.2013
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Photo: Flickr.com/JeriSisco/сс-by-nc-sa 3.0
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Pékin a suit très attentivement les négociations entre la Russie et le Vietnam sur l'utilisation par la marine russe de la base de Cam Ranh. Le Huanqiu Shibao, quotidien chinois influent, a récemment publié un article intitulé « Le retour de la Russie à Cam Ranh n'est pas forcément un mal ».
L'histoire des relations dans le
triangle Moscou-Pékin-Hanoï n'a jamais été simple. D'autant plus
intéressante est la réaction assez neutre de la partie chinoise au
retour possible de la marine russe à Cam Ranh.
Depuis
la formation de la RPC Moscou et Pékin ont soutenu la lutte des
communistes vietnamiens contre les colonisateurs français, puis contre
les Américains, alliés du Vietnam du Sud. Il est paradoxal que depuis la
fin de la guerre au Vietnam les relations entre les trois pays
socialistes aient plutôt dépendu de la géopolitique que de l'idéologie.
Le Vietnam réunifié s'est mis à prétendre à un rôle plus substantiel
dans la région, face à la volonté de Pékin de se mettre à la tête du
mouvement communiste dans l'ensemble de l'Asie. A titre de réponse, la
Chine a fait appel au régime sanglant des « Khmers rouges » du Cambodge
voisin, qui les avaient soutenus dans leur conflit avec Hanoï. Quand les
troupes vietnamiennes ont renversé ce régime, la Chine a décidé de
donner une « leçon sanglante » au Vietnam, mais a subi une humiliante
défaite dans le conflit militaire de février 1979. Cette confrontation
armée a été qualifiée de première guerre socialiste.
A
l'heure actuelle les relations entre Pékin et Hanoï restent tendues. La
pierre d'achoppement est le litige territorial autour des îles Paracels
et des îles Spratleys en mer de Chine méridionale. Le Vietnam est
préoccupé par le renforcement de la puissance militaire et économique
chinoise et par la consolidation des positions de Pékin dans la région
et dans le reste du monde. Hanoï est quête d’alliés pour refréner son
ancien ami socialiste. Etant donné que les Etats-Unis sont le principal
concurrent géopolitique de la Chine, le Vietnam est obligé de chercher
la compréhension mutuelle avec son ancien ennemi. Les Etats-Unis,
soucieux de trouver un contrepoids à l'influence de la Chine dans la
région, sont également intéressés à la coopération avec le Vietnam.
Dans
ce contexte, les débats concernant l'utilisation de la base navale
vietnamienne de Cam Ranh suscitent un vif intérêt. Jusqu'en 1972 la base
était utilisée par les troupes des Etats-Unis. Après la défaite du
Vietnam du Sud en 1975 les troupes nord-vietnamiennes ont pris le
contrôle de la base, et toujours en 1975 la base a été cédée à bail à
l'URSS à titre gratuit. Après la dislocation de l'URSS elle n'était
pratiquement pas utilisée par la flotte russe et a été fermée le 1
janvier 2002. En 2003 les négociations ont été entamées sur la
possibilité de son utilisation par les navires des Etats-Unis. En juin
2012, l'intérêt de la base a été confirmé par le secrétaire américain à
la Défense Leon Panetta qui l'a visitée, devant ainsi le premier chef du
Pentagone à se rendre au Vietnam socialiste.
Les
projets de coopération militaire américano-vietnamienne déplaisent
fortement à la Chine qui y voit une nouvelle démarche en vue de créer un
système américain de dissuasion et une menace à son intégrité
territoriale. Bien que les Etats-Unis ne soutiennent pas ouvertement les
visées territoriales du Vietnam, les deux pays préconisent une
médiation internationale, tandis que la Chine s'oppose formellement à
l'internationalisation du conflit.
Aussi les projets
de retour à Cam Ranh de la Flotte russe ont-ils fait l’objet d’une
grande attention à Pékin. La création d'une base navale de la marine
russe a été notamment discutée au cours de la visite au Vietnam de
Dmitri Medvedev au début de novembre 2012. Le premier ministre russe a
déclaré que l'examen du dossier serait poursuivi.
En
Chine cette information a suscité des sentiments mitigés. D'une part, la
Chine assiste avec un sentiment de jalousie au rétablissement des
rapports entre Moscou et Hanoï. Pékin est particulièrement mécontent de
la coopération entre les sociétés russes et vietnamiennes en matière de
mise en valeur des matières premières du plateau continental, bien que
Moscou ait promis de ne mener aucune activité sur les territoires
contestés. D'autre part, la Chine préfère le déploiement à Cam Ranh des
forces navales d'un pays ami, la Russie, à l'arrivé des Etats-Unis.
La
deuxième opinion prend le dessus en Chine. En témoigne l'article de
Huanqiu shibao. Son auteur, l'analyste naval Li Jian, critique avec
virulence les velléités du Vietnam d'internationaliser le litige
territorial, tout en restant réservé sur la Russie. Il estime que bien
que la présence militaire russe complique la situation dans la région,
elle peut conférer à la Chine une plus grande marge de manoeuvre.
Il
est notoire que dans les conflits entre les Etats de la région, la
Russie ne prend fait et cause pour aucune des parties. La Chine est un
partenaire stratégique de la Russie et les relations amicales entre
Moscou et Pékin sont très importantes. Toutefois le rétablissement des
liens amicaux traditionnels avec le Vietnam et l'essor du partenariat
mutuellement avantageux avec d'autres pays d'Asie-Pacifique répondent
aux intérêts nationaux de la Russie. T
http://french.ruvr.ru/2013_01_02/Pekin-suit-les-plans-de-la-flotte-russe/
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